Vie tout court

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9 Jan 2026

Analogique

Je suis toujours éparpillée (non ça file pas ces jours-ci). Trop pour réussir certaines de mes idées. Comme là, pour 2026, j'aurais aimé me créer (et publier ici) un projet de création analogique. Photo argentique, dactylographie, dessin, enregistrement sur cassette, écoute de vinyles... je sais pas trop quoi d'autre encore, et oui c'est ironique de planifier de mettre ça sur un blogue (quoique le blogue est un dinosaure, donc ça a peut-être quelque part comme un petit rapport?), mais j'aurais voulu arriver avec un projet qui a au moins une sorte de forme. C'est raté. Mais peu importe, je pitche mon intention dans l'univers (pis j'allume un crystal sur le côté nord de ma cellule monastique tant qu'à faire). On verra bien ce que je vais en faire (peut-être rien. Heille ta yeule le cerveau à matin. On n'est même pas le matin. Ta_yeule!).

5 Jan 2026

En 2025, vrac

 

J’ai été au Québec trois fois. En avion, en autobus, en train. Je suis déménagée, avec les enfants et les chats et les caisses de livres, de l’Alberta à une petite maison où rien n’est à niveau, en promettant aux chats de ne plus leur faire revivre un voyage en soute. J’ai quitté un homme et j’ai effacé toutes les photos de lui, sans regret. J’ai eu sur la tête moins de cheveux blancs après le déménagement qu’avant (la paix, ça veut mieux que la teinture). J’ai lu environ 140 livres, dont beaucoup étaient numériques et empruntés à la bibliothèque. J’ai enfin trouvé des bacs à litière en inox (on a les désirs qu’on a, ok là) et enfin sorti mes livres de leurs boîtes, après plus de deux ans et demi. Je me suis baignée souvent dans une rivière, et quelques fois dans des piscines. J’ai beaucoup marché. Je me suis faite envoyer chier par mon beau-père; je pourrais dire que ça venait d’années d’accumulation, mais le déclencheur a été que je ne tolère plus l’imbécilité des gens qui croient que plusieurs femmes accusent un homme de viol… pour avoir un bout de son argent. En 2025, j’ai consommé les produits de cannabis légaux d’une quatrième province. J’ai trop mangé. J’ai envoyé un manuscrit à une maison d’édition, puis j’ai pris peur et je n’ai plus agi, vu de l’extérieur (mais j’écris; j’ai même fait revivre le monde du vieux bandit!). J’ai continué mes leçons d’espagnol au quotidien, ce qui fait que n’en déplaise à ceux qui croient que les applis de langues ne valent pas dla marde (pauvre eux, j’ai appris l’anglais avec un dictionnaire et des livrets de cassettes audio!), j’ai un vocabulaire de 5000 mots en espagnol, et je commence à vraiment comprendre ce que j’entends ou lis. J’ai fait un jardin, mais tout a mal été, du départ trop tardif à la sécheresse en passant par un sol pourri; je remettrai ça l’été prochain (jamais profité d’une zone de jardinage aussi chaude!). Je me suis fait servir un plat à la viande pour mon cinquantième anniversaire (yark). J’ai compris certaines affaires (beaucoup, mais il en reste à l’infini). J’ai commencé un célibat exquis, choisi, et sans date de péremption. J’ai continué d’apprendre, en étant souvent corrigée par mon ado qui me dit que je ne vieillis pas mal. 

11 Dec 2025

Jacques Nadeau (RIP)

Helene Jutras, photo par Jacques Nadeau, 1995

Le photographe Jacques Nadeau est mort cette semaine.

Il y a vingt-six ans, il avait réussi à me faire assoir sur le bord du toit de l'immeuble du Devoir pour prendre cette photo-là (que j'étais jeune!). Il faut savoir que j'ai le vertige. Aujourd'hui, j'opposerais un non pas mal plus (infiniment plus, oui) catégorique, mais il faut croire qu'il a su me convaincre.

11 Nov 2025

Deuil

Mon deuxième papa est mort hier. Le bon, pas le contrôlant-manipulateur-alcoolique violent à qui je n'avais plus parlé depuis 25 ans quand il est mort. Non. Le bon. Celui chez qui je me faisais garder (beaucoup) quand j'étais petite, celui qui aimait tant ses vaches, ses chevaux, ses chiens, ses chats.

Il ne me reconnaissait plus depuis plusieurs années. À la fin je crois bien qu'il ne reconnaissait que sa femme, et il avait des incapacités sévères. Alors c'est mieux comme ça, tout le monde le sait, tout le monde le pense. Mais. 

Ça me fait quand même une peine infinie. Ma journée est déglinguée, chaque pensée tend vers le bas, vers le négatifissime. 

Je passe souvent à côté des choses. Des relations, surtout. Je comprends en retard, je ressens parfois confusément, je ne vois pas les bras ouverts, les mains tendues. N'empêche que si vous me demandez à quel point j'aimais cet homme, je peux répondre: assez pour donner, il y a presque dix ans, son prénom à mon bébé garçon.

29 Oct 2025

Chats et référendum

Les médias québécois parlent beaucoup du référendum d'il y a trente ans, ces jours-ci. J'ai passé ce soir-là à la radio anglophone, au centre-ville de Montréal. Un télévisuer montrait en rafale les épisodes d'Halloween des Simpsons. Je devais être en ondes toute la soirée, sporadiquement, avec quelqu'un d'autre, un jeune homme, je ne me souviens plus qui. Arrivée en studio, j'ai appris qu'il serait plutôt ailleurs, dans l'un des événements organisés par un des camps. Lui, il aurait des choses à dire, à décrire. J'ai donc passé la soirée plutôt seule dans mon coin, à me demander ce que je faisais là, entourée de professionnels de la radio qui se connaissaient bien. Et qui ont sorti une bonne bouteille quand la victoire du non a été confirmée. Ils m'ont peut-être offert un verre, mais je me souviens plutôt d'avoir été spectatrice de gens qui célébraient ma déception (j'avais dit bien haut que ce référendum était une mauvaise idée, que les gens n'en voulaient pas, que le moment n'était pas venu, mais j'avais quand même osé espérer). Un taxi m'a ramenée à la maison. Je me suis assise dans les marches et j'ai attendu que ma mère revienne du travail. Nous avons pleuré ensemble. Voilà mon histoire, version courte. La version longue serait plus compliquée.

***

Changement radical de sujet. Cette semaine, dans LaPresse, dans un texte sur l'anthropomorphisme, il y avait cette citation qui m'est restée en tête et que je trouve complètement surréaliste.

«Non, votre chat ne vous aime pas », dit Daniel Fillion. « C’est choquant à entendre pour les gens qui ont des animaux. Alors je préfère demander à chacun sa définition de l’amour. Souvent, on parle du bonheur que l’autre nous apporte. Et à ce niveau, oui, le chat vous “aime”. Mais il ne sera jamais altruiste dans cet “amour”, il ne fera pas passer votre bien-être avant le sien, par exemple.»

L'altruisme serait donc un élément essentiel de l'amour? Ah oui? Aussi bien dire qu'un bambin n'aime pas ses parents, puisqu'il ne fait pas passer leur bien-être avant le sien! On ne parle pas d'une relation entre conjoints qui serait égalitaire: on parle d'amour entre deux êtres différents, d'espèces différentes! Et l'expert qui demande à chacun sa définition de l'amour semble poser sa propre définition comme étant la Vérité.,, Ça me choque (comme un mononcle, oui, je sais!) de lire de telles sornettes. Surtout qu'elles entrent plus facilement dans ma tête qu'elles en ressortent. Et je finis par y repenser, agacée, la nuit, quand j'ai Zia sur mon oreiller, Patchouli sur la poitrine, Origan sur les hanches, Muchacha et Roquette allongées à côté. Et que ça ronronne dans mon lit.

3 Oct 2025

Dehors octobre

Mon cadet a eu quatorze ans (ce qui m'en donne mille). On y a consacré la journée entière. Pas de regrets là!

Mon benjamin s'est encore baigné dans la rivière hier. J'avoue qu'au soleil sur la plage, il faisait assez chaud pour que je sois tentée, mais l'ombre arrive plus tôt que durant l'été, et si une fois mouillée je suis ravie, le problème c'est qu'il faut bien en ressortir et se sécher en gelant.

La ville ici continue de m'éblouir. Les friperies vraiement pas chères débordent de dons. Littéralement: il y en a trois sur la rue principale qui ont demandé aux gens de cesser les dons pour le moments, le temps de gérer le surplus d'inventaire! Et quand les réseaux sociaux ici parlent d'itinérance, c'est pour offrir un repas aux gens dans la misère, pour s'unir et leur trouver des nécessités de base, pour partager les ressources qui existent (là où j'ai vécu en Alberta, c'était pour exprimer du racisme à peine voilé, et une couche épaisse de mépris maquillé dans des phrases qui parlent de ces gens-là...)

Je gère une semi-urgence vétérinaire qui risque d'être un adieu bientôt, après dix-sept ans. Pas facile. Pour me gérer, j'ai semé vingt-et-un godets de graines de plantes pour l'intérieur, pour l'été prochain et pour la postérité (on verra pour ça). C'est Zia qui m'inquiète, ma puce qui partage mon oreiller toute la nuit (entre vieilles, on se comprend dans nos réveils fréquents, et on se réconforte en se collant).

Si j'écris ici, c'est comme ne pas écrire. Si j'écris ici, c'est comme crier dans le fond de mon placard (mais plus facile, parce que le placard est présentement difficile d'accès, et plus sympathique, vu qu'au moins un des chats y a fait un nid douillet où passer ses journées). Si j'écris ici, c'est un peu par nostalgie d'un hier qui a existé, je le jure, mais pas longtemps (c'est fou, vous le croirez jamais, mais dans le temps, les gens cliquaient sur des liens pour prendre des nouvelles au lieu de faire défiler vers le bas dans un vacarme visuel qui n'a rien de personnel). Il a dû coïncider avec le summum de ma naïveté, voilà tout, et moi j'y ai cru. Si j'écris ici c'est que je ne sais plus trop quoi faire d'autre. Ici, ailleurs. C'est pareil, au fond: c'est un murmure dans un orage, un sourire ou une grimace à peine esquissés en toute solitude dans un recoin sombre. À côté de ça, l'arbre qui tombe dans sa forêt déserte, il repassera. 

 

15 Sep 2025

Je suis prête

Toute ma quarantaine, des ami·e·s plus vieux m'ont dit que la cinquantaine était une décennie plus agréable, plus sereine. Je ne les ai pas vraiment cru·e·s, mais j'ai gardé espoir. Maintenant, j'attends les preuves. De pied ferme. Ça presse. Go!

12 Aug 2025

Accessoire de bureau

J'ai ajouté un accessoire à mon espace de bureau à domicile. C'est... un petit niveau. Je le garde à cheval sur mes écrans.

Voyez-vous, la maison où j'habite a été bâtie en... 1905. Elle est petite et faite en hauteur (on dirait qu'elle a été conçue par et pour de grandes personnes très minces!)... et elle est tout croche! Bah, moi je trouve ça drôle et charmant et rassurant, mais en même temps... j'ai voulu installer une œuvre de mon G au-dessus d'une porte et j'ai abdiqué quand j'ai calculé que pour que l'œuvre puisse y être accrochée, il faudrait lui enlever, à la base, environ cinq centimètres d'un côté... et dix de l'autre!

Quand j'ai installé mon bureau, je me suis mise à avoir de drôles de maux de dos et de cou. Je savais déjà que le plancher était croche: les balles des chats sont devenues, ici, des jouets absolument imprévisibles (donc meilleurs, il me semble). Comme je viens d'arriver, j'ai peu de ressources, mais ha! les pieds de mes moniteurs sont passés d'objets inutiles à de bons cale-pied de bureau. Mais le problème était trop grave; j'ai fini par changer le bureau de mur... et il s'est mis à pencher dans l'autre sens (un peu moins, tout de même). 

Bref, j'ai un niveau en permanence. Mais si vous me voyez claudiquer et vieillir en penchant d'un côté comme un vieil arbre, eh bien... vous saurez pourquoi. Et moi aussi, quand je reviendrai le lire ici pour m'en souvenir.

2 Aug 2025

Petits bonheurs civilisés

Que ça fait du bien de pouvoir se rendre à pied à la bibliothèque municipale! Que de fierté: c'est mon G. qui a dit, un matin post-canicule, qu'il voulait y aller et qu'on s'abonne. Alors moi, nouvellement abonnée, je fais quoi? Je vais me trouver quelques romans graphiques: joie!

Et le summum du bonheur? Avoir, pas plus loin que la bibliothèque (à peine à dix minutes de marche, donc), un magasin de produits naturels et de vrac! Revenir avec des petits sacs en papier pleins de chia et de graines de lin et mon petit pot de piment de Cayenne rempli à nouveau. Pas de déchets, pas de gros total à la caisse, et mes enfants super heureux dans cette boutique... à cause de son odeur (que MH et moi appelons... l'odeur du bonheur!)! 

Des petites joies comme ça, avec tout ce qui se passe sur la planête, avec tout ce que je ne peux pas m'empêcher de lire, avec tout ce que je vois changer et se profiler à l'horizon, c'est pas pour être groumande, mais... ça m'en prend plein plein PLEIN.